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Nov 2, 2015

CFP: Numéro thématique de la revue Diaspora Cycles diasporiques N° 2018/1


Les diasporas ne sont pas des phénomènes immuables : elles naissent, vivent et s’éteignent, ou se diluent dans des ensembles plus vastes ; d’autres ne restent qu’à l’état d’ébauche. Constructions parfois éphémères à la faveur d’un événement politique ou d’une opportunité commerciale, elles peuvent se muer en édifices structurés, de réseaux et de métropoles qui s’affrontent et se succèdent. Ainsi la diaspora judeo-ibérique ou portugaise naît des départs successifs de la péninsule Ibérique après les expulsions du XVe siècle, avant de se dissoudre au sein de l’aire séfarade au XIXe siècle. Des villes-étapes, nœuds des migrations, de Goa à Mexico, sont alors autant de creusets pour une diaspora circonscrite dans le temps et dans l’espace. De même la diaspora huguenote se dessine-t-elle dès les guerres de religion, au XVIe siècle, vers les Cantons suisses et l’Europe du Nord, pour ensuite accélérer et étendre sa dispersion à la révocation de l’édit de Nantes (1685) et se diluer au XIXe siècle. Reste que l’effacement (relatif) n’implique pas la disparition des éléments spécifiques à chacune des populations comme l’attestent l’importance de l’imaginaire huguenot aux États-Unis et les particularités rituelles judéo-ibériques. 
Situer le phénomène diasporique permet de saisir les dynamiques et les temporalités de ces constructions contingentes et de revenir sur l’image trop communément admise de processus continus et atemporels. C’est cette linéarité et, partant, les jeux et rejeux de segments diasporiques, que voudraient interroger les articles de ce dossier à travers une diversité d’approches : vue d’ensemble, étude d’un lieu d’implantation particulier, analyse sur la longue durée ou autour d’un moment-clé. Les coordinatrices de ce numéro de la revue Diaspora, Mathilde Monge (Université Toulouse 2) et Natalia Muchnik (EHESS) souhaitent faire dialoguer les disciplines et les périodes. 
Le premier temps de la réflexion collective sera constitué par une réunion de travail prévue au printemps 2016 à Toulouse. Le second par la publication d’un dossier dans la revue Diaspora. Trois axes de réflexion sont suggérés, recouvrant des phases de la vie des diasporas. Loin d’imposer une définition du phénomène par la mise en avant de stades d’évolution successifs, la proposition d’un ideal-type ne vise qu’à mieux identifier les spécificités de chacun d’eux, que l’approche dynamique privilégiée risquerait de gommer. Chacun de ces axes peut également apparaître comme un moment « critique », susceptible d’éclairer le problème epistémologique récurrent posé par l’historiographie, en l’espèce celui de la définition même d’une diaspora face à la banalisation du terme dans les sciences sociales.

1. Cycles et temporalités diasporiques

Les diasporas se forment suivant une chronologie faite d’à-coups, d’accélérations et de paliers. L’exil huguenot, amorcé dès les années 1560, nourrit de manière continue une diaspora qui se forge dans la durée. Mais les persécutions de Louis XIV et surtout la Révocation de l’édit de Nantes bouleversent son visage. L’afflux de nouveaux arrivants, auréolés d’une expérience récente de la répression et forts d’un vécu personnel de la mère patrie, brouille les conditions locales dans les lieux d’implantation, mais restructure ce faisant la diaspora à l’échelle européenne et mondiale. Il en est de même des morisques, chrétiens ibériques d’origine musulmane, dont la lente émigration vers le Maghreb, dès avant le XVIe siècle, s’est brusquement précipitée avec les expulsions de 1609-1614. Ces exemples, connus, invitent à l’analyse des temporalités et des figures de la construction diasporique.

2. Segments. Jeux et rejeux 

Les rythmes diasporiques agissent sur l’articulation des groupes qui les composent tout autant qu’ils en dépendent. Ces segments, fortement hétérogènes et perçus comme autant de diasporas within a Diapora (J. Israël), se façonnent dans leur lien avec la terre d’origine primaire qui leur confère leur singularité mais aussi leur autonomie au sein de la diaspora englobante. Nés des migrations postérieures à l’exil fondateur, redéploiements depuis une ville ou région-étape, ou bien de la terre d’origine, ils vivent dès lors en tension avec la diaspora-mère, avec laquelle ils entretiennent des rapports fluctuants. Ainsi les Choffelins, Arméniens de la Nouvelle Djoulfa, forment un ensemble autonome de la diaspora arménienne qui émerge au XVIIe siècle à la faveur du négoce eurasiatique. D’autres fractionnements sont fondés sur des différences cultuelles ou doctrinales, qui finissent par créer des isolats nettement dissociés au sein de la diaspora, mais souvent ignorés des sociétés d’accueil. Dans l’exil mennonite la question de la fréquentation du « non-chrétien » est cruciale pour les plus conservateurs qui réprouvent, par exemple, le mariage avec les mennonites d’autres foyers.
Quel rôle jouent ces segments dans les jeux et rejeux diasporiques ? Comment les implantations se distinguent-elles et interagissent-elles ? En somme, comment se déterminent le in et le out, tant au sein du groupe qu’au dehors ? La diaspora n’est-elle pas, en définitive, un « démultiplicateur de la relation aux autres », qui déplace « les frontières de l’altérité jusqu’aux confins d’elle-même » (C. Bordes-Benayoun) ?

3. Ébauches et dilutions 

Les diasporas sont mortelles. Certaines s’éteignent par le retour à la terre d’origine, d’autres parce que les conditions socio-économiques qui avaient présidé à leur naissance se sont modifiées, d’autres encore parce que le lien transnational se dissout. Ainsi la fin de la diaspora huguenote en Allemagne coïncide-t-elle avec l’assimilation culturelle, précipitée par l’effacement du français. La langue n’est pourtant pas le seul facteur de cohésion : les réformés wallons de Cologne avaient cessé d’être francophones peu après leur arrivée mais s’identifiaient toujours comme une communauté distincte et refusaient de fusionner avec les réformés néerlandophones ou germanophones, au péril de leur propre survie à l’échelle locale. 
Si la disparition et la dilution des diasporas, parents pauvres des diaspora studies, interrogent leur existence même, c’est tout autant la question des « échecs », des diasporas avortées, qui pose problème. Pourquoi et comment des groupes se reconnaissant d’une ou de plusieurs communautés finissent-ils par faire diaspora alors que d’autres se morcellent en minorités ou se diluent dans les sociétés d’accueil ? C’est, on le comprend, la frontière entre migrations et diasporas qu’il conviendra d’examiner.

Calendrier et informations pratiques
La date limite de réception des propositions d’articles (max. 250 mots) est fixée au 15 décembre 2015. La revue accepte les propositions en français, espagnol, anglais, et allemand, mais les articles seront publiés en français ou en anglais (native speaker).
juin 2016 (date à préciser) : réunion de travail à Toulouse
1er novembre 2017 : réception des articles (45 000 signes)
Mai 2018 : sortie du numéro thématique

Coordinateurs du numéro thématique : 
Mathilde Monge (Université de Toulouse 2-Jean Jaurès/FRAMESPA) mathilde.monge@univ-tlse2.fr 
Natalia Muchnik (EHESS/CRH) natalia.muchnik@ehess.fr

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