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27 may. 2009

400 ans sur la construction de Soliman par les Morisques

Hanène Zbiss
La ville andalouse de Soliman, qui fête cette année le passage de 400 ans sur sa construction par les Morisques expulsés d’Espagne en 1609, vient d’organiser le 8 et le 9 mai un colloque international sur «Les influences culturelles morisques sur le patrimoine tunisien » en plus d’une exposition sur l’architecture et les villes andalouses en Tunisie et d’un récital de malouf.Si Soliman existe depuis l’époque carthaginoise sous le nom de «Mégalopolis », elle n’a été connue qu’avec l’arrivée des Morisques en Tunisie suite à leur expulsion massive d’Espagne et leur construction d’un ensemble de villes typiques dont elle fait partie. Elle leur doit d’ailleurs son appellation actuelle, relative à Borj Abou Soleïmane, à proximité duquel ils se sont installés quand ils sont venus.
Depuis, ils ont révolutionné son architecture, son agriculture, sa cuisine, ses traditions et son vécu. D’une bourgade oubliée, elle est devenue une ville splendide, rayonnante et entourée de beaux vergers à l’image des cités espagnoles. L’apport des nouveaux venus a été considérable, en témoignent les écrits des auteurs européens qui l’ont visitée au 18ème siècle, comme Peysonnel.Fière de cet héritage andalou, la ville de Soliman a voulu célébrer le passage de 400 ans sur l’arrivée des Morisques en terre tunisienne et leur influence culturelle sur notre patrimoine. Ainsi, le Comité culturel local de Soliman a organisé, dans le cadre du Mois du Patrimoine, un colloque international sur ce thème en y invitant des universitaires, des chercheurs et des spécialistes de l’histoire andalouse en Tunisie.
La Tunisie : terre d’accueil pour les Morisques
C’est Mme Raja Bahri, universitaire à la Faculté de Lettres de la Manouba, qui a ouvert le bal en rappelant dans quelles conditions ont été expulsés les Morisques. Ainsi, nous apprenons que ces derniers passaient par la France pour gagner les côtes nord-africaines et partaient essentiellement de ports comme celui de Marseille. Ils étaient autorisés pendant le règne de Henri IV à rester en France à condition de se convertir au Christianisme. Une grande partie des Français était favorable à leur installation dans le pays, surtout qu’ils étaient réputés pour être des gens habiles et cultivés. D’autres par contre étaient défavorables à cette installation car ils craignaient les épidémies que les Morisques pourraient amener avec eux. Après l’assassinat de Henri IV, la donne a changé et Marie de Médicis, son épouse, interdit leur installation en France et leur permet seulement d’y passer pour accéder à l’Afrique du Nord. Certains réussirent malgré tout à s’y implanter, d’autres prirent la route pour l’Algérie mais le plus grand nombre s’orienta vers la Tunisie. Othman Bey, le monarque ottoman de l’époque (début du 17ème), les accueillit à bras ouverts, en facilitant leur installation dans le pays à travers l’octroi de terres et les exonérations fiscales. Si la plupart se déployèrent dans les régions intérieures pour les repeupler, les meilleurs sont intégrés à la Cour du monarque. Les Morisques formaient en fait une communauté active, instruite et solidaire. A leur arrivée, la plupart étaient des Chrétiens, il a fallu donc leur réapprendre les préceptes religieux de l’Islam.
Un apport considérable !
Une fois implantés, ils construirent un ensemble de villes sur le modèle espagnol comme Testour, Soliman, Sloughia, Medjez El Bab, Zaghouan, Nianou, Belli, Grich El Oued, El Alia, Metline…. Elles se distinguaient par leur architecture, leurs toits en tuiles et les vergers qui les entouraient. Les nouveaux venus ont pratiqué l’agriculture qu’ils ont profondément modernisée et ont développé des métiers relatifs à la fabrication de la chéchia, de la céramique, au tissage de la soie etc.Ils ont introduit aussi des plats typiques comme les «banadhej », les «kisseles» et «les cueyarres » et ont révolutionné le mode vestimentaire local en portant des vêtements d’une grande élégance, faits de soie et ornés d’argent et d’or. En décrivant les Morisques, Peysonnel disait d’ailleurs au 18ème siècle : «Il y avait des femmes qui avaient à elles seules plus d’étoffes d’or qu’il y avait de laine dans les tentes des riches Arabes, de sorte que les plus misérables parmi elles étaient mieux parées que les reines de cette terre… ».En outre, ce qui caractérisait les nouveaux venus était la gestion de la Cité qui se faisait par une sorte de gouvernement indépendant du pouvoir ottoman et qui exerçait une politique identique à celle pratiquée dans l’administration espagnole.M. Jomâa Chikha, universitaire et directeur de la revue «Etudes Andalouses » a voulu quant à lui attirer l’attention sur la littérature produite par les Morisques du temps qu’ils étaient encore en Espagne. Il a rappelé que si dans les régions de Valence et de Grenade ils ont continué à utiliser l’arabe malgré la Reconquista, dans celles du Nord, en Argon et en Castille, cette langue a été interdite dans le parler et l’écrit. Les Morisques ont été obligé d’inventer une nouvelle écriture, l’Aljamiado, qui désigne le fait d’écrire avec l’alphabet arabe la langue romane ou castillane. Plusieurs textes littéraires, voyages et poèmes ont été rédigés dans cette langue. M. Chikha a choisi de présenter un de ces textes. Il s’agit d’un voyage d’un Morisque d’Almeria vers la Mecque où il décrit ce qu’il observe comme civilisations, peuples, mœurs et styles de vie dans les différentes villes qu’il parcourt.
Et si la musique andalouse était un mythe ?
Pour sa part, M. Antonio Vespertino Rodriguez a voulu insister sur le fait que le départ des Morisques d’Espagne a dépourvu le pays d’une partie considérable de sa population et d’un savoir-faire important dans tous les domaines. Il a aussi souligné qu’il est impossible de nier l’apport de la présence arabo-andalouse sur la culture et la civilisation espagnole et sur l’évolution de l’Europe. M. Fethi Zghonda a choisi, de son côté, de parler de la musique andalouse, cet héritage dont nous sommes si fiers en Tunisie. Mais contrairement à ce que nous croyions, la musique tunisienne dite «andalouse » ne l’est pas vraiment. Car elle est le fruit de plusieurs influences, notamment turque et orientale. Il est vrai que certains textes de poèmes sont andalous mais pas les mélodies. En témoigne la différence fondamentale entre la musique dite «andalouse » en Tunisie et celle en Algérie et au Maroc. D’où la levée d’un malentendu si ancré dans la mémoire des gens. Outre le colloque, le Comité culturel local de Soliman a organisé une exposition sur l’apport culturel et architectural des Morisques en Tunisie à travers l’exemple de différentes villes qui gardent le cachet andalou, tout en les comparant à d’autres cités en Espagne. La manifestation a été clôturée par un concert de malouf animé par Zied Gharsa.
Fuente: JETSET

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