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18 jun. 2009

Rapport final du 14 congrès d’études morisques

Sur invitation de la Fondation Temimi pour la Recherche scientifique et l’information et le Comité International d’Etudes morisques (CIEM), s’est tenu du 20 au 22 mai 2009, le XIVe congrès international d’études morisques sur : Le 4e centenaire de l’expulsion des Morisques d’Andalousie (1609-2009). Lors de la séance d’ouverture, ont été présentées les allocutions des professeurs Abdeljelil Temimi, Louis Cardaillac, Luce Lopez Baralt ainsi que celle de S.E. le Premier ministre M. Hédi Baccouche, et ce en présence de S.E. l’ Ambassadeur de Malte, des représentants du commissariat général des la Jamahiriya arabe libyenne à Tunis, de la Ligue des Etats arabes à Tunis et de l’Association de l’Appel Islamique de Libye, en plus de nombre de personnalités politiques, juristes, avocats, journalistes, ainsi que 72 chercheurs venus des pays suivants : Algérie, Allemagne, Chili, Egypte, Espagne, Etats Unis, France, Inde, Japon, Libye, Maroc, Mexique, Porto-Rico et Tunisie. Pendant les onze séances scientifiques du congrès, 38 communications ont été présentées par des chercheurs appartenant à deux générations de moriscologues, celle des fondateurs dont les professeurs Louis Cardaillac et Luce Lopez Baralt, et celle des jeunes chercheurs qui ont eu l’occasion de rencontrer la première génération et donner des approches objectives sur l’expulsion des Morisques de l’Andalousie. En fait, ces derniers ont connu une tragédie causée par l’Inquisition, ce qui constitue une page sombre de l’histoire de l’Espagne à l’époque moderne. Les approches ont été objectives et non politisées, alors que quelques chercheurs occidentaux refusent tout dialogue et n’utilisent même pas le mot tragédie, cependant les corpus littéraires des poètes et écrivains andalous et européens nous ont décrit des épopées et des témoignages sur l’atrocité de ce drame. Dans son allocution, M. Hédi Baccouche, ancien Premier ministre, a considéré cette tragédie comme étant la plus grande tragédie humaine vécue et par les Morisques et par les Juifs, et ce sous le prétexte de sauvegarder l’unité religieuse et politique de l’Espagne. Quant au Prof. Cardaillac, il a évoqué ce qu’il appelle la cause morisque, celle de gens persécutés pour leur foi religieuse, mais également parce qu’ils avaient une civilisation, une langue et des traditions différentes ; ainsi cette cause reflète la non-reconnaissance du droit à la différence. On est ainsi appelé à être sincère en défendant les valeurs humaines, ce qui nécessite courage moral, probité et objectivité. Les participants ont exprimé leur entière satisfaction quant aux nouvelles approches et problématiques relatives à la recherche en histoire morisque soulevées pendant les trois journées du congrès. Les chercheurs et les historiens spécialisés qui se sont consacrés à l’étude des manuscrits et des documents inédits, sont déterminés à traiter le dossier de l’expulsion tout en demandant aux hautes autorités espagnoles de reconnaître ce drame. Les clauses de l’Alliance des civilisations et des cultures signée par l’Espagne et la Turquie sont contraires au refus catégorique des autorités espagnoles de reconnaître ce drame et de s’en excuser. Nous sommes sûrs que cette reconnaissance viendra un jour. Le monde arabe et musulman, à travers ses différentes organisations, est appelé à sauvegarder la mémoire morisque, à considérer cette tragédie comme étant une tragédie humaine et d’élever des monuments commémoratifs dans les villes arabes et musulmanes sur lesquels seront inscrits les noms des centaines de Morisques qui ont été conduits au bûcher pour y être brûlés vifs. Et ce pour ne pas les oublier sous prétexte de ne pas embarrasser l’Espagne. Le monde d’aujourd’hui insiste sur l’alliance des civilisations et la reconnaissance des erreurs du passé. Le congrès s’est caractérisé par un dialogue profond et une atmosphère d’intimité entre tous les chercheurs ; de nouvelles approches y ont été données ; on y relève principalement de nouvelles études sur la présence morisque en Amérique Latine. C’est ainsi que les participants recommandent pour thème du prochain congrès ce qui suit: Les retombées de la présence morisque en Amérique Latine : Etat et perspectives d’avenir et qui pourrait avoir lieu au mois de mai 2011. Par ailleurs, les participants ont discuté sur la dynamisation du Comité International d’Etudes morisques ; ils se sont mis d’accord sur son rôle futur dans la programmation de publications et de traductions de nombreuses études de l’espagnol en arabe et vice versa. Dans ce cadre, le projet annoncé par le Prof. Temimi sur la création d’un Centre International d’Etudes et de Traductions Morisques a été bien accueilli ; il vient à temps pour donner plus d’intérêt à ce domaine de recherche. Les participants remercient tous ceux qui ont contribué de près ou de loin à la réussite de ce congrès, surtout en assurant la traduction simultanée et en offrant un dîner gala en l’honneur des participants. Ils expriment leur regret quant à la non coordination entre la Ftersi et les hautes autorités espagnoles qui ont encouragé des rencontres parallèles à ce congrès dont la dernière s’est tenue trois jours avant la nôtre. Les participants demandent au Prof. Temimi de continuer ses efforts scientifiques au service de la vérité historique. Ci-après la composition du bureau du Comité International d’Etudes Morisques : -Prof. Louis Cardaillac, Président d’honneur (Université de Mexico) ; -Prof. Abdeljelil Temimi, Président (Université de Tunis-FTERSI) ; - Prof. Ridha Mami (Université de la Manouba) -Prof. Luce Lopez-Baralt, Secrétaire générale (Université de Porto-Rico) ; -Ahmed Abi-Ayed, membre (Université d’Oran-Algérie) ; -Prof. Gamal Abderrahman, membre (Université d’El-Azhar-Le Caire) ; -Prof. Fadwa Heziti, membre (Université de Casablanca-Maroc) ; -Prof. Maria Tereza Narvaez, membre (Université de Porto-Rico) ; -Le bureau est ouvert à deux autres membres dont un espagnol et un français.
Professeur Abdeljelil Temimi
Excellence M. le Premier Ministre, Hédi Baccouche, Prof. Louis Cardaillac Prof. Luce Lopez Baralt Chers invités, Mesdames, messieurs Je vous invite tout d’abord à observer une minute de silence et de recueillement en hommage à deux éminents savants espagnols à savoir les professeurs Mikel de Epalza et Gil Rodolfo Grimau qui ont rendu de grands services à la moriscologie. * * * Nous avons entamé cette série de congrès scientifiques sur les Morisques en 1983 ; depuis, nous organisons régulièrement tous les deux ans avec la participation d’éminents moriscologues internationaux un congrès dont les actes sont considérés comme des acquis scientifiques d’importance. Dans ce cadre, nous avons donné à l’Espagne la place qu’elle mérite dans la dialectique du patrimoine arabo andalou ; en effet, ce qui lie l’Espagne au monde arabe et musulman est précisément ce patrimoine civilisationnel de l’Andalousie, l’Andalousie de la concordance et de l’harmonie sociale, de la tolérance interethnique et interreligieuse, de la science, du savoir, de la rationalité et de la créativité dans tous les domaines. Notre actuel congrès que nous tenons à l’occasion du quatrième centenaire de l’expulsion des Morisques de l’Andalousie (1609-2009) s’insère dans le cadre de notre intérêt scientifique pour ce dossier. D’après les études publiées jusqu’aujourd’hui, les expulsés morisques qui ont vécu ce drame, se sont dispersés, leurs droits ont été bafoués, leur dignité humaine également ; ils ont résisté pour défendre leur identité et leur appartenance civilisationnelle contre les politiques de l’Inquisition qui a tant fait pour les traquer, en ayant recours à la torture, à l’autodafé, à la confiscation de leurs biens, à l’annulation de leur patrimoine intellectuel, civilisationnel et culturel ; leurs mosquées, leurs écoles et leurs universités ont été converties en églises et édifices publics ; les promesses des rois catholiques n’ont pas été respectées. La politique d’épuration pratiquée par l’Inquisition contre les Morisques a réussi ; c’est un drame qui a touché la nation morisco-andalouse. A l’égard de ce drame, l’histoire émanant des corpus littéraires des anciens poètes et écrivains andalous et européens nous décrit des épopées et des témoignages sur l’atrocité de ce drame ; ce qui explique l’intérêt des centaines de chercheurs espagnols, arabes, européens, américains et autres pour cette histoire à travers leurs écrits littéraires et œuvres artistiques et dramatiques. Les tableaux exposés aux musées nationaux d’Espagne sont un témoin de l’atrocité de ce drame. Les cinéastes espagnols ont produit des longs et courts métrages sur le drame vécu par les Morisques ; nous n’avons qu’à leur rendre hommage pour ces initiatives courageuses, alors que les cinéastes arabes et musulmans sont malheureusement absents. L’Andalousie a donné à l’Espagne d’aujourd’hui le privilège de signer l’Alliance des civilisations avec la Turquie ; approuvée par les Nations Unies, cette alliance est une référence morale et de dialogue à l’échelle internationale. C’est la raison pour laquelle nous avons adressé un appel aux autorités espagnoles, pour la reconnaissance du drame vécu par les Morisques et ce en conformité avec cette alliance civilisationnelle. Nous croyons que le silence des hautes autorités espagnoles à cet appel lancé depuis 18 ans, est contraire aux articles de l’alliance des civilisations signée par l’Espagne et la Turquie. A cet égard, nous ne cessons de réclamer à l’Espagne la reconnaissance du drame provoqué par l’Inquisition contre les Morisques, et ce jusqu’à ce que le roi Philippe III ait pris la décision de les expulser définitivement, décision dont nous demandons la condamnation. Ce 14e congrès qui réunit une pléiade de moriscologues internationaux et maghrébins traitera nombre de problématiques de recherche dans le cadre du respect mutuel, du dialogue scientifique constructif, de l’amitié et de la transparence. Depuis un quart de siècle, des traditions de recherches ont été mises en place quant à l’histoire morisco-andalouse. Par ailleurs, la moriscologie a enregistré des développements certains en attirant une nouvelle génération de chercheurs internationaux, qui ont utilisé des manuscrits et des documents espagnols, européens, arabes et ottomans puisés dans différentes archives voire même des bibliothèques d’Amérique Latine ; en effet, ces chercheurs croient en la communication scientifique, sans aucune domination de la part d’un groupe de chercheurs ni le mépris des réalisations effectuées par des spécialistes non-européens. Il faut tirer l’enseignement des réalisations menées à l’Université de Porto-Rico dans le cadre du laboratoire scientifique dirigé par l’éminente Prof. Luce Lopez Baralt qui travaille avec un groupe de chercheurs enthousiastes sur la littérature aljamiado ; c’est un excellent exemple de réalisation scientifique au service de la vérité historique sans aucun complexe. Il est communément reconnu que la Tunisie s’est montrée tolérante et généreuse en accueillant cent mille réfugiés morisques après leur expulsion forcée en 1609. Le Maroc, l’Algérie, l’Empire ottoman et nombre de villes de la Méditerranée ont accueilli bon nombre d’expulsés Morisques. La Tunisie de la tolérance est honorée par votre présence, cette Fondation scientifique autonome en est fière. Espérons le plein succès dans nos dialogues sur le patrimoine morisque et la communauté morisque résistante. Mes remerciements vont à tous ceux qui nous ont encouragé et aidé pour surmonter les difficultés de tout genre que nous avons rencontrées à cause de notre position et de nos convictions. Nous continuons notre message dans la transparence en défendant la mémoire morisque. Mes remerciements à vous M. le Premier Ministre pour votre participation à cette séance inaugurale, ce qui constitue un appui très précieux. Merci à tous les chercheurs qui nous font confiance depuis trente ans, leur présence en nombre assez important aujourd’hui témoigne de leur appui pour notre fondation au service de l’histoire et de la littérature morisques, malgré la tenue, il y a trois jours seulement, d’un congrès parallèle à Grenade avec la contribution des différentes autorités espagnoles officielles, ce qui constitue un dossier à ne pas soulever ici. A vous chers collègues mes sincères hommages pour votre présence et votre soutien.
Allocution de M. Hédi Baccouche Ancien Premier ministre
C’est un grand plaisir d’assister au congrès international d’études morisques auquel participe une pléiade d’éminents chercheurs de beaucoup de pays pour célébrer le quatrième centenaire de l’expulsion des Morisques. Je remercie mon frère et ami Abdeljelil Temimi, fondateur et président de la Fondation Temimi qui m’a invité à ce congrès en me donnant la parole en tant que citoyen tunisien qui a assumé de hautes responsabilités étatiques et s’intéressant aux travaux des intellectuels qui aident à la compréhension de ce qui s’est passé et se passe actuellement dans le monde, ce qui aide à se préparer à l’avenir. Pour la 14e fois, la Fondation Temimi pour la Recherche Scientifique et l’Information réussit à organiser un congrès international pour débattre de l’une des plus grandes tragédies humaines, et ce grâce aux efforts déployés par les responsables et à leur persévérance. Je vous en félicite tout en souhaitant le plein succès à ce travail de recherche sur le drame vécu par les Morisques au début du 17e siècle. Les objectifs sont scientifiques mais peut-être y en a–t-il d’autres dont essentiellement : faire connaître ce drame et en tirer les leçons pour éviter un tel sort. C’est une erreur de ne pas faire état des grandes tragédies humaines et des grands crimes commis par l’homme contre son frère ; c’est grave de les oublier ou de faire semblant de les oublier. Si, après deux guerres mondiales dévastatrices, l’Humanité a mis en place des organismes et conçu des méthodes qui ont réussi à nous éviter pendant 60 ans une troisième guerre mondiale, elle a échoué à faire éviter des guerres civiles plus dangereuses que les guerres inter-étatiques quant à la destruction collective, sans pitié, et inconcevable, que des Etats puissants exercent contre des minorités impuissantes. Ces crimes contre l’Humanité sont inconcevables, la conscience n’en est pas tranquille ; je vous rappelle les cinq cas suivants : -1er cas : Près de cinq millions de victimes, des Juifs d’Allemagne et d’Europe ont été exterminés par le nazisme et ce pour mettre fin au problème juif ; les Arabes ont payé et payent encore cher ce crime. -2e cas : Au Rwanda, le gouvernement, soutenu par les Hutus, a exterminé pendant cent jours en 1994, huit cent mille Tutsis. -3e cas : En ex-Yougoslavie, les Serbes ont traité méchamment les Musulmans bosniaques ; ils ont commis un massacre à Srebrenica en tuant des centaines d’innocents. -4e cas : En Palestine et surtout à Gaza, on a d’un côté, une armée des plus puissantes au monde du point de vue organisation et équipement et de l’autre un peuple affaibli souffrant de l’exode, de la famine et de la pauvreté. -5e cas : Au Sri Lanka, le gouvernement traque la minorité tamoule pour l’exterminer. En ce qui concerne la tragédie morisque survenue il y a quatre siècles, c’est l’une des grandes tragédies dans l’histoire de l’Humanité. Ses victimes étaient des Musulmans et des Juifs qui ont été forcés à la conversion. Mais les autorités n’ont pas cru à la sincérité de leur conversion ; elles mettaient en doute leur allégeance et craignaient toute manœuvre de leur part. Pour garder l’unité religieuse catholique et protéger l’unité politique d’Espagne, Philippe III a pris, en 1609, la décision de les expulser sans retard. Le Père Aznar Cardona qui est loin d’être sympathisant avec les Morisques, nous laisse un témoignage très émouvant que je vous lis: "Les malheureux partirent donc aux dates qui leur avaient été assignées par les officiers royaux, en processus désordonnés, ceux qui à pied avec ceux à cheval, avançant les uns et les autres, étouffés par la chaleur et les larmes, dans un grand vacarme de voix et de plaintes, ayant à leur charge leurs femmes et enfants, leurs malades, leurs personnes âgées, couverts de poussière, suant et haletant, les uns dans des charrettes, serrés entre leurs affaires de valeur et les autres sur des montures avec des inventions bizarres et dans des postures fort rustiques, sur les selles à dossier, sur des bâts, dans des cabas de sparte, ou sur des bâts réservés au transport de l’eau, entourés de besaces et autres sacs de vivres, de cruches, de paniers, de hardes, vêtements, chemises, pièces de toiles, manteaux, morceaux de chanvre, des pièces de lin et bien d’autres choses du même genre, chacun avec ce qu’il possédait. Les uns à pied rompus, mal vêtus, chaussés d’espadrilles, les autres leurs capes autour du cou, d’autres encore avec leurs petits fardeaux, d’autres enfin, avec leurs atours et autres paquets, tous saluaient ceux qui les regardaient ou qu’ils rencontraient et leur disaient : que le Seigneur vous garde. Parmi les susdits sur les charrettes et les montures (le tout loué parce qu’ils ne pouvaient sortir et emmener que ce qu’ils pouvaient personnellement tels que leurs vêtements et l’argent des biens meubles qu’ils avaient vendus) sur lesquelles ils rejoignaient les frontières du royaume ; de temps en temps plusieurs femmes (de quelques riches maures) étaient transformées en véritable porte-bijoux tellement elles avaient de petits médaillons en argent sur la poitrine, accrochés autour des cous avec des colliers, des pendentifs d’oreilles ; des objets en corail ornés de mille manières et couleurs paraient leurs vêtements avec lesquels elles dissimulaient une partie de la douleur du cœur. Les autres qui en rien ne leur ressemblaient marchaient à pied, fatigués, souffrants, perdus, tristes, confus, honteux, en colère, souillés, enragés, désabusés, assoiffés et affamés…". La plupart des Morisques qui ont réussi à échapper au danger, ont débarqué sur les côtes maghrébines, au sud de la France, en Toscane, cent mille ont trouvé refuge en Tunisie, ils se sont installés dans différentes régions. La Tunisie les accueillait tout en leur ouvrant les bras ; Othman Dey éprouvait de la tendresse pour eux. Sidi Salah Aboul-Ghaith Al-Qachech défendait et facilitait leur installation. La Tunisie a tiré profit de leurs connaissances agricoles et artisanales, alors que l’Espagne a connu un certain retard à cause de leur départ. Après un court passage à Livourne, les Juifs qui se sont installés en Tunisie, ont été encouragés par le gouverneur ; ils ont joui de la liberté de culte, comme ils étaient libres de former leurs conseils qui jouaient le rôle d’intermédiaire avec le pouvoir, supervisaient leurs lieux de culte, payaient leurs clergés, s’occupaient des pauvres et des malades et jugeaient leurs différends selon les lois rabbiniques. L’attitude des Tunisiens à l’égard des Morisques, Musulmans et Juifs témoignent de leur ouverture, de leur tolérance et de leur capacité de vivre en paix avec toutes les religions et les cultures. Ces traditions profondément ancrées ont été gardées et soutenues par le Président Zine el Abidine Ben Ali ; c’est dans ce cadre qu’il a créé la chaire du dialogue des civilisations en mettant à sa tête un éminent professeur, cette chaire accueille en Tunisie des hommes venus du monde entier pour diffuser la bonne parole et transmettre à l’étranger l’attitude de la Tunisie pour la tolérance et le dialogue des civilisations et des religions. C’est dans ce cadre que le pèlerinage annuel des Juifs à la Ghriba est bien accueilli par les Djerbiens et par les autorités d’où le nombre croissant de pèlerins venus du monde entier. Je vous souhaite un bon séjour dans notre pays, et à votre congrès le plein succès. Merci.
Discours du Prof. Louis Cardaillac
Depuis un quart de siècle, tous les deux ans, des dizaines de chercheurs se réunissent en Tunisie pour répondre à l'appel du Comité International d'Etudes Morisques (CIEM), relayé par la Fondation Temimi pour la Recherche Scientifique et l'Information. Cette année 2009 est une année exceptionnelle à plusieurs titres. Nous célébrons le 4ème centenaire de l'expulsion des morisques, en même temps que les 25 ans de l'association. Autant dire qu'une deuxième génération de chercheurs est là maintenant parmi nous. Comme je suis probablement le doyen des chercheurs, je crois être en effet le seul de l'assistance à avoir assisté au tout premier congrès fondateur des études morisques organisé à Oviedo (Espagne) en 1972, par le professeur Galmés de Fuentes, il me revient l'honneur et la responsabilité de m'exprimer ici, à cette tribune, à ce titre. En premier lieu, je voudrais rendre un vibrant hommage à la personnalité tunisienne qui, au cours de ces 25 ans a été le créateur, l'animateur, la cheville ouvrière de ces rencontres. Le professeur Temimi, homme de foi et de culture, humaniste et éminent universitaire a su faire partager son enthousiasme pour la cause morisque. Je dis bien la cause morisque et j'explique ce que j'entends par cette expression. Défendre la cause morisque, c'est donner la parole à ceux qui en furent privés au 16ème siècle, c'est défendre l'identité profonde de personnes qui furent privées des racines de leur terre et des ressources de leur foi. En organisant ces congrès, le professeur Temimi nous a ouvert les yeux. Il nous a enseigné que l'histoire des morisques est celle de gens persécutés pour leur foi religieuse, que cette histoire est un des chapitres de l'histoire de Al-Andalus, le dernier et le plus douloureux. Il nous a aidés à désoccidentaliser l'histoire des morisques et nous a fait comprendre qu'elle est un des chapitres de l'histoire des peuples arabes. J'ai compris cette vérité de base en assistant aux divers congrès de Tunis et aussi à un congrès en Arabie Saoudite, à Riyyadh. A Tunis et à Riyyadh, j'ai pu me rendre compte combien le souvenir de la période de Al-Andalus, de ses heures de gloire et de ses heures sombres, était présent dans l'imaginaire musulman. Par ailleurs, le professeur Temimi nous a mis en contact avec les chercheurs du monde arabe, ouvrant ainsi nos horizons. Je tiens à rappeler qu'une des facettes de son activité est celle de traducteur et d'éditeur. En mettant à la disposition des uns et des autres les œuvres fondamentales de la moriscologie, il a réussi à supprimer ce qui était un obstacle au dialogue, la barrière de la langue. Ce que j'apprécie particulièrement dans la mission que mène ici à Tunis le Professeur Temimi, c'est qu'il assume pleinement la responsabilité de ce devoir de mémoire, prolongeant en quelque sorte l'action des responsables politiques de l'époque qui accueillirent avec tant d'efficacité les expulsés. L'historien qu'il est l'a conduit à avoir une perception aiguë de ce drame que fut l'expulsion et cela le conduit à un engagement profond pour que cette mémoire reste vivante et pour que soit enfin reconnue officiellement l'existence de cette tragédie. Je crois pouvoir vous assurer, cher ami, que l'ensemble des participants au colloque approuvent vos initiatives et est derrière vous pour vous soutenir. La présence aujourd'hui de nombreux chercheurs venus de tous les horizons de la planète l'atteste, de même que celle des personnalité du monde politique, telle que l'ancien premier ministre, son excellence Monsieur Hédi Baccouche. Et pour terminer, permettez-moi d'évoquer la mémoire d'amis et collègues récemment disparus qui ont contribué à maintenir vivant le souvenir de cette expulsion. Je pense particulièrement aux professeurs Galmès de Fuentes, déjà cité, à Maria Soledad Carrasco Urgoiti dont nous appréciions tous la grande culture et la finesse d'esprit, et à Mikel de Epalza, sans qui je ne serais pas ici aujourd'hui. C'est lui qui a été mon initiateur en histoire morisque, et lui également qui m'a introduit dans la connaissance du passé tunisien et spécialement dans ses relations avec l'Espagne. J'évoque aujourd'hui avec émotion nos visites à la médina de Tunis et ses commentaires auprès de la tombe d'Abdallah Al-Turjman. Grâce à lui, je connus alors diverses familles qui s'honorent encore aujourd'hui d'être des morisques de notre temps. Voilà, cher professeur, ce que je tenais à dire publiquement. J'ajouterai simplement un souhait. Que Dieu me permette de revenir, malgré la distance qui nous sépare, une fois encore à Tunis. Mais que ce soit pour célébrer à vos côtés la réalisation du projet qui vous tient à cœur, la reconnaissance officielle de la tragédie morisque par les plus hautes autorités espagnoles et les gouvernements des pays arabes. Je suis sûr que ce jour arrivera et qu'ensemble les uns et les autres nous aurons à cœur de perpétuer cette mémoire. Un jour, peut-être, Inchallah, s'élèvera à Tunis ou en un de ces lieux qui ont été glorifiés par la présence morisque, à Testour, à Zaghouan ou à Nabeul, un monument commémoratif à la fois des souffrances d'un peuple qui s'est refusé à perdre son identité et de l'accueil extraordinaire qu'il reçut en terre tunisienne.
Allocation de Prof Louis Cardaillac à la séance de clôture du congrès
Je suis heureux. Je prends la parole pour remercier Monsieur Temimi de l’organisation de ce congrès qui a été un congrès exceptionnel, et pour moi un congrès exceptionnel doit être de deux points de vue, scientifique d’abord, nous avons entendu des communications d’un très haut niveau, vraiment des choses exceptionnelles et qui permettent de faire un pas de plus dans la connaissance des Morisques. Le second point de vue qui est relative à l’organisation du congrès en Tunisie. Nous avons tous vu l’accueil de la Tunisie qui a suivi ces colloques depuis le premier jusqu’à aujourd’hui, et dont le souvenir nous a émerveillé ces jours à Tunis. Je prends quelque chose qui est propre à ces congrès, c’est l’ambiance de ce congrès, c’est aussi le thème morisque qui est pour chacun de nous un thème humain, un thème que nous vivons. J’avais reçu tout récemment un e-mail d’un collègue marocain qui m’avait écouté au congrès de Grenade, je ne le connais pas, il me disait : cher professeur, après avoir suivi ce que vous avez dit et surtout la façon que vous avez eu de le dire, en vous écoutant je constate que vous vous mettiez dans la peau des Morisques. Et je vous dirais à chacun de vous ; ce qui fait la spécificité de ces congrès de Tunis, c’est que pour nous ce n’est pas un problème abstrait, c’est quelque chose de réel et en vous écoutant, je vous dis la même chose je vous ai écouté les un et les autres, en disant vraiment, la spécificité de ce congrès de Tunis, nous nous mettons dans la peau des Morisques. Et cette sympathie que nous avons pour le thème morisque je l’ai sentie à toutes les sessions et plus encore cet après midi. Si on applaudit Monsieur Temimi, on applaudit tous ces Morisques dont nous avons évoqué l’expulsion il y a 400 ans. Je m’arrête là, je veux simplement vous dire je suis heureux de retrouver ici les amis que je n’ai pas vus depuis 20, 30 ans et de me faire de nouveaux amis et je vois une jeune génération qui monte des chercheurs de grande valeur. Voilà ce que je tenais à vous dire, très simplement ; merci à vous tous.
Fuente: Fondation Tmimi

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