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6 feb. 2010

Présentation à Madrid de l’édition espagnole de ‘l’Exode d’Ahmed El Hajri’ de A. Brahem

Hanène Zbiss

A l’occasion de la célébration du 4ème Centenaire de l’expulsion des Morisques d’Espagne (1609-2009), vient d’être présentée à Madrid, l’édition espagnole du roman tunisien “ L’Exode d’Ahmed El Hajri ” d’ Abdelwahed Braham où il décrit le parcours d’un intellectuel morisque expulsé et son périple à travers la Méditerranée jusqu’à son installation à Tunis.

Le roman d’Abdelwahad Braham, écrit en arabe, avait déjà reçu en 2007 un Prix Comar d’hommage spécial. Mais cette année, qui correspond au passage de 400 ans de l’expulsion des Morisques d’Espagne, l’intérêt pour ce bouquin a refait surface. Et c’est Mohamed Abdelkefi qui a décidé de le traduire en espagnol et de l’éditer chez la maison d’édition espagnole Cant Arabia, laquelle a organisé récemment une cérémonie de signature à Madrid en présence de l’auteur, du traducteur, de chercheurs et d’étudiants en traduction.
“ L’Exode d’Ahmed El Hajri ” retrace le drame de toute une population persécutée pour ses convictions religieuses, contrainte à la conversion forcée au Christianisme et chassée de sa terre natale. Pour raconter cette tragédie, il revient sur le parcours d’une personnalité qui a existé réellement dans l’histoire, à savoir Ahmed El Hajri, le traducteur du Sultan de Marrakech.
Il le suit depuis sa prime enfance au village “ d’Al Hajar Al Ahmar ” (Pierre Rouge) à l’Ouest de Grenade pendant la deuxième moitié du 16ème siècle où il vivait une double vie : une déclarée où sa famille suivait les préceptes du Christianisme imposés par le Roi d’Espagne, et une clandestine où elle pratiquait sa religion musulmane et ses traditions et mœurs.
Elevé entre deux cultures et connaissant plusieurs langues, il devint traducteur. Mais il fut aussi témoin de l’expulsion massive de sa communauté suite au décret de Philippe III en 1609.
L’auteur s’attarde beaucoup sur la description du sentiment de perdition et d’affolement des Morisques, contraints de quitter leur terre en trois jours. Il décrit leur embarquement dans l’urgence et leur entassement dans des barques de fortune ou de commerce vers un avenir inconnu. Il raconte les dangers auxquels ils sont exposés durant leur voyage qui n’est pas souvent mené à terme, car nombreux ont été spoliés de leurs biens, persécutés voire tués en route.
Premier exemple historique d’épuration ethnique
En revenant sur ce drame morisque, Abdelwahad Braham attire l’attention sur un acte atroce commis pour la première fois dans l’histoire de l’époque, celui de “la purification ethnique ”. En réagissant de la sorte,l’Espagne aurait, selon lui, fait la grave erreur de “ s’amputer d’une partie de sa population ”. Car ces Morisques, christianisés depuis plus d’un siècle après la chute de Grenade, n’étaient plus tout à fait musulmans. En témoigne leur méconnaissance de la langue arabe à leur arrivée en Afrique du Nord et des préceptes de la religion musulmane après qu’on leur eut imposé de ne plus pratiquer leur foi et leurs traditions. Durant tout ce temps, ils se sont donc intégrés totalement dans le tissu social espagnol. A leur expulsion, ils représentaient environ 7 à 8% de la population, soit 300. 000 personnes.
Le livre décrit ensuite l’installation d’Ahmed Al Hajri, à l’image d’une partie de sa communauté, au Maroc où il devint le traducteur du sultan, signe que les expulsés étaient d’une grande culture, ce qui leur a permis de s’intégrer facilement dans la Cour.
Le personnage multiplie ensuite les voyages en Europe, envoyé par le Sultan pour demander aux Rois de France et de Hollande de rattraper et de juger les capitaines de bateaux chrétiens chargés, au moment de l’expulsion, de ramener les Morisques aux ports français, italiens et nord-africains et qui ont profité de la situation pour les spolier de leurs biens et les jeter à la mer. Durant ses voyages, Ahmed Al Hajri était souvent confronté à des discussions avec des Chrétiens et des Juifs sur les différences fondamentales entre leurs religions et la suprématie de l’Islam. De tels débats étaient courants à l’époque (16ème - 17ème siècle), en pleine période de la Course, entre Espagnols et Turcs. Ils dévoilent les malentendus entre les monothéismes et les animosités qui les alimentaient.
Tunis fut la dernière étape de l’exode d’Al Hajri où il décida de s’installer définitivement. Cela n’est point étonnant puisque la Tunisie a accueilli la majorité des expulsés, vu l’accueil favorable que leur ont réservé les Ottomans, maîtres des lieux, qui ont facilité leur établissement, en leur accordant des terres et des exonérations fiscales, outre à incorporer les meilleurs éléments d’entre eux dans la Cour.
L’auteur décrit longuement l’installation des Morisques à Tunis et dans les villes et villages, situées sur le fleuve Medjerda, qu’ils ont construites eux-mêmes, tout en s’attardant sur leur apport en matière d’agriculture, de commerce et d’artisanat et sur leur organisation, raffinement et refus de se mélanger aux autochtones.
Le livre finit par un souhait d’ Ahmed Al Hajri, celui de devenir citoyen du monde, lui qui n’a plus de patrie. Un souhait qui reste d’actualité dans notre monde d’aujourd’hui où les appels sont incessants pour la destruction des frontières et les barrières entre pays afin de permettre à l’humanité de vivre pleinement la mondialisation.

Sources: Réalités

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